OBJECTIFS

L’objectif institutionnel principal est de permettre à l’enfant soit de maintenir ou de retrouver sa place en milieu ordinaire au sein de sa famille et d’être capable de s’inscrire dans une vie affective et sociale satisfaisante.

Ce sont les difficultés psychologiques des enfants, qui constituent le premier élément d’indication vers l’ITEP. Leur intensité et leur caractère durable en constituent un des éléments essentiels. Les manifestations perturbant la scolarisation et la socialisation, qu’elles s’expriment sur un mode d’extériorisation ou de retrait, ne sont pas d’ordre passager, circonstanciel ou réactionnel. Il s’agit de symptômes liés à des difficultés psychologiques importantes qui perdurent.

La mission centrale des ITEP est d’amener l’enfant concerné à un travail d’élaboration psychique, en accompagnant son développement singulier au moyen d’une intervention interdisciplinaire, qui prenne en compte la nature des troubles psychologiques et leur dynamique évolutive. Il s’agit de proposer une démarche de soins qui prend en compte ces symptômes ou manifestations de souffrances psychologiques importantes dans un contexte relationnel familial et/ou social particulier.

L’Institution s’inscrit donc dans une démarche thérapeutique soignante dont l’essentiel sera de mettre des mots sur ces difficultés et favorisera cette démarche au quotidien en optimisant les moyens personnels de l’enfant, ses compétences, ses possibilités relationnelles avec autrui et en lui proposant un accompagnement quotidien dans les apprentissages scolaires et éducatifs.

Population accueillie

L’ITEP Les Alicantes accueille des enfants originaires essentiellement du département gardois. Si les agréments de l’établissement prévoient un accueil mixte de 6 à 16 ans pour l’Internat et le Demi-internat et de 6 à 20 ans pour le SESSAD, actuellement il reçoit une population mixte de 5 ans à 12 ans pour l’Internat et le Demi-internat et de 6 à 14 ans pour le SESSAD.

  • Les caractéristiques de ces enfants reçus sont d’importantes manifestations de la conduite qui se déclinent principalement par :
  • des comportements déviants, violents, inadaptés, difficiles, sans limites, impulsifs ou mutiques…
  • des troubles de l’attention, des apprentissages, relationnels…
  • un échec scolaire important…
  • des problèmes de repères dans le temps, la filiation et dans l’incapacité de maîtriser, de ressentir, de comprendre leurs propres comportements…
  • une incapacité à s’intégrer dans le monde « ordinaire »…

D’autre part, ces enfants présentent un vécu familial et/ou relationnel difficile. Nous avons, au cours des dernières années, constaté que les cellules familiales de ces enfants rassemblaient des difficultés fréquemment identiques qui pouvaient influencer fortement les problèmes de comportement :

Famille monoparentale du fait ou non d’un divorce, d’une séparation ou d’un décès.

Séparation mère-enfant à la naissance ou au cours des premiers mois de la vie pour des problèmes de santé de l’enfant ou de la mère.

Carence affective, rejet, abus sexuels, violences physiques ou psychologiques sont également des situations présentes dans le vécu de ces enfants.

Situation et évolution actuelle de la population accueillie

Une Corrélation entre l’âge des enfants et l’évolution de leurs difficultés

Au cours de nos travaux de synthèses, nous avons constaté différentes formes d’évolution des troubles des enfants selon la période d’âge dans laquelle ils se trouvent.

Nous pourrions découper l’intervalle de 6 à 16 ans en trois étapes : 5 à 7 ans, 8 à 13 ans et 13 à 16 ans. Ces étapes pourraient être aussi rapprochées, en référence à la psychologie, à la « petite enfance », aux périodes dites de « latence » et de « préadolescence ». Sur le plan scolaire les références se rapprocheraient de manière plus ou moins précise des classes de : grande section de maternelle, cours préparatoire et cours élémentaire première année au cours moyen deuxième année pour les plus avancés. Il est évident qu’il faut prendre ces définitions de périodes comme des références. Il ne s’agit pas d’une classification déterminée, sinon elle devrait prendre en compte les particularités de chacun des enfants, de l’influence de la gravité de leurs troubles, de leur évolution personnelle et leurs acquisitions. D’autre part, les périodes des âges données ne correspondent pas aux références psychologiques usuelles qui situent la période de la petite enfance avant six ans et celle de latence entre 6 et 12 ans. Mais si nous prenons en compte le retard global de l’évolution des enfants accueillis par l’ITEP nous pouvons, sans trop de réticences, les mettre en relation.

Période de 13 à 16 ans

Si nous retenons la période haute de cette échelle des âges c’est-à-dire la préadolescence, nous observons de la part des enfants pris en charge dans le cadre du centre de jour, des comportements particuliers. Ceux-ci sont à mettre en relation avec leur développement psychique et scolaire. Sur le plan du développement psychique ces préadolescents abordent la puberté avec les changements qu’elle génère au niveau du corps et des comportements. Généralement envahis par leurs pulsions sexuelles, ils ont beaucoup de mal à les contenir et bien souvent celles-ci prennent toute la place et empêchent tout investissement scolaire.

Pour ceux en échec scolaire, dans l’incapacité d’investir l’école, ils se retrouvent dans une situation paradoxale qui est celle de l’obligation scolaire jusqu’à 16 ans et celle de fuir ce lieu pour investir un espace social basé et reconnu davantage par « le passage à l’acte ». Il serait plus adapté de leur proposer une activité sociale comme le préapprentissage professionnel, milieu dans lequel ils seraient plus à l’aise.

Pour les autres enfants ayant fait un certain nombre d’acquis au cours des périodes antérieures, même s’ils sont envahis par les problèmes identiques, certains continuent à mettre en valeur leurs connaissances qu’ils mettent en relation et en pratique avec les situations d’accès à l’autonomie quotidienne dans le milieu social dans lequel ils évoluent.

Ces constatations posent les limites institutionnelles. En effet, l’établissement est doté d’une école mais pas d’un espace d’activité manuelle, ni prévu pour des formations de préapprentissage. Il conviendra de réfléchir aux bien-fondés des actuelles limites d’âges proposées par les agréments des Alicantes. D’autant que le département et la ville de Nîmes sont pourvus d’ITEP dont les agréments prévoient un accueil d’enfants à partir de 11 ans. Ceux-ci possèdent un projet d’établissement qui contient toutes les bases de la préparation à la vie professionnelle.

Période de 8 à 13 ans

Etape correspondante à la période de latence qui se situe officiellement entre 6 et 12 ans. Cette tranche d’âge représente la majorité des enfants présents dans l’établissement. Sur le plan clinique, elle est décrite comme la période de l’âge de raison. Elle correspond à un intermède entre la situation œdipienne et l’éveil de la puberté. C’est un moment de calme pendant lequel les enfants ne posent pas ou peu de questions et où la contestation est peu présente. Mais c’est également un moment pendant lequel s’élaborent les mécanismes de défenses ainsi qu’une ouverture vers les apprentissages, l’autonomie, les amis, la vie sociale. Il s’agit d’un moment charnière qui peut préparer l’enfant autant à assumer les bouleversements de l’adolescence, à s’adapter à la vie sociale qu’à rigidifier sa problématique.

Notre expérience a montré combien cette période est délicate. Il nous est très difficile d’établir des comparaisons avec les références habituelles car ces enfants montrent des éléments de personnalité qui sont en principe traités et dépassés lors du stade de la petite enfance. Nous rencontrons généralement des enfants qui ont un important retard du développement de la personnalité et qui font preuve d’une grande immaturité. Ils possèdent un vocabulaire très pauvre, ont vécu des échecs scolaires successifs et des rapports sociaux ou/familiaux difficiles, agressifs voire rejetants. Tout cela renforce le peu d’estime qu’ils ont d’eux, ils s’imposent bien souvent un repli sur eux-mêmes et beaucoup développent un comportement agressif envers autrui.

Il est donc difficile de cerner leurs difficultés, d’en découvrir les fondements autant que de faire la part de ce qui est l’expression réactionnelle d’une situation douloureuse présente ou ancienne et d’en établir les liens de cause à effets.

Le travail institutionnel s’inscrit donc, actuellement et essentiellement dans cet espace là. En fonction des troubles présentés par les enfants, il est nécessaire de leur accorder la plus grande attention, de leur apporter attention et écoute mais à leur rythme. Il est aussi important de leur fixer des limites et les encourager à comprendre, à découvrir, à mettre en mots leurs expériences vécues et leur quotidien. Cette action institutionnelle se concrétise par des interventions éducatives, pédagogiques, psychologiques, rééducations orthophonique et de psychomotricité ; autant de moyens pour rendre ces enfants aptes à s’intégrer dans la société ordinaire, à affronter leur avenir.

Période de 5 à 7 ans

En tenant compte du retard global que possèdent les enfants accueillis dans l’ITEP, cette période se rapproche du stade des 3 à 6 ans et la référence psychologique concerne le stade œdipien. En fait, cette période est un des moments le plus important de l’évolution de l’enfant sur le plan du développement de la personnalité. Certains praticiens comme Françoise DOLTO n’hésite pas à dire « que tout se joue avant l’âge de 6 ans » en incluant la période de vie post et prénatale.

Pour la période retenue, celle-ci représente l’accès à la symbolisation. A partir d’une pensée plutôt intuitive, l’enfant a un comportement d’imitation gestuel et vocal et se caractérise par une attitude égoïste qui est le point de départ et de référence de tout ce qu’il approche, rencontre et vit. Sa vision des choses, des situations psychomotrices ou d’évaluation est très approximative et il développe plutôt une pensée magique sur son environnement sur lequel il pense posséder un pouvoir.

Sur le plan social, à travers la relation triangulaire «père-mère-enfant», il va partir à la découverte de la relation fraternelle de la jalousie et de la frustration soit de par la naissance ou présence d’un autre enfant avec lequel il doit partager l’amour maternel. C’est également la période au cours de laquelle il part à la rencontre des autres et développe ses relations sociales.

Avec les enfants de 5 à 7 ans qui sont accueillis aux Alicantes, nous avons remarqué combien ils se prêtent à la prise en compte de leur problématique. Ils sont parfois plus instables, plus en difficulté sur le plan de la personnalité mais en même temps ils sont plus attentifs aux soutiens que nous leur apportons tant sur le plan affectif que des apprentissages en général. Nous avons noté une progression plus importante et plus rapide au niveau des enfants de 5 à 7 ans que celle des enfants de 8 à 13 ans. Nous ne prenons en compte que l’évolution globale du comportement et du positionnement par rapport aux apprentissages proposés et non à partir des connaissances supposées être acquises. Il est évident que pour une majorité, hormis ceux qui présentent des troubles psychologiques importants, type envahissants de la personnalité, leurs difficultés ne se sont pas encore structurées. Il est encore possible d’intervenir pour réduire les problèmes de comportement donc, favoriser à terme l’intégration sociale et scolaire